En bref
- L'auto-hypnose ericksonienne utilise des suggestions ouvertes et des métaphores, contre des suggestions fermées et directes pour un exercice d'auto-hypnose classique Inserm, 2015.
- Aucune étude de référence n'a montré la supériorité de la suggestion indirecte sur la suggestion directe, même sur la douleur ou le vécu subjectif Lynn, Neufeld et Maré, 1993.
- Milton Erickson a lui-même pratiqué l'auto-hypnose, après une poliomyélite qui l'avait laissé partiellement paralysé Inserm, 2015.
- Aucune profession d'hypnothérapeute n'est réglementée en France : s'auto-former permet de pratiquer sur soi, jamais sur autrui sans formation certifiante CFHTB, 2019.
L'auto-hypnose ericksonienne ne ressemble pas à un exercice d'auto-hypnose classique. Elle s'appuie sur des suggestions ouvertes, des métaphores et votre propre expérience, plutôt que sur des consignes directes à exécuter. Cet article détaille ce qui change concrètement, avec un script annoté étape par étape, et précise où s'arrête ce que vous pouvez apprendre seul.
Auto-hypnose ericksonienne et exercice classique : ce qui change vraiment
Un exercice d'auto-hypnose classique suit une structure fermée. Vous vous donnez une instruction précise, par exemple fixer un point puis compter pour atteindre un état de détente, suivie d'une suggestion directe pour obtenir un effet défini. L'Inserm range cette approche dans ce qu'il appelle l'hypnose classique, caractérisée par l'aspect directif de l'hypnotiseur, parfois même dominant Inserm, 2015.
L'hypnose ericksonienne, nommée d'après le psychiatre américain Milton Erickson, renverse cette logique. Le rapport de l'Inserm précise que, dans cette approche, c'est le patient qui est au centre et qui devient acteur de sa guérison Inserm, 2015. Erickson lui-même a pratiqué l'auto-hypnose après une poliomyélite qui l'avait laissé partiellement paralysé, pour réapprendre à mobiliser les ressources corporelles qui lui restaient.
Le tableau suivant résume la différence sur les points qui comptent pour une pratique seul chez vous.
| Dimension | Auto-hypnose classique | Auto-hypnose ericksonienne |
|---|---|---|
| Type de suggestion | Fermée, consigne précise à suivre | Ouverte, invitation qui laisse le choix |
| Rôle de votre esprit | Exécute une instruction fixée à l'avance | Construit sa propre réponse à partir de votre vécu |
| Formulation type | « Détendez-vous complètement » | « Peut-être qu'une partie de vous ralentit déjà » |
| Matière de travail | Un objectif fixé au départ | Vos souvenirs, vos sensations, une métaphore personnelle |
| Pratiquer sur soi | Aucune formation obligatoire | Aucune formation obligatoire |
Cette dernière ligne du tableau mérite un avertissement, détaillé plus loin dans cet article : pratiquer sur soi-même ne demande pas de diplôme, pratiquer sur une autre personne, si.
Quand consulter : Face à des troubles psychotiques aigus, des bouffées délirantes ou une paranoïa installée, l'hypnothérapie apparaît particulièrement peu adaptée, quelle que soit sa forme Inserm, 2015. Une anxiété qui s'aggrave, des flashbacks ou des symptômes qui persistent malgré une pratique régulière doivent aussi vous orienter vers un médecin avant de poursuivre seul.
Cette prudence ne retire rien à l'intérêt de l'auto-hypnose pour la plupart des gens. Elle rappelle simplement qu'une pratique seul chez soi n'est pas un acte anodin pour tout le monde, dans toutes les situations.
La suggestion indirecte, la métaphore et l'utilisation de votre expérience
La suggestion indirecte, également dite suggestion ouverte, est le cœur de ce qui change avec l'auto-hypnose ericksonienne. L'Inserm oppose les suggestions fermées, des consignes que le patient doit suivre, aux suggestions ouvertes, beaucoup plus permissives, qui laissent le choix au patient Inserm, 2015. Dire « votre bras devient léger » est une consigne fermée. Demander « qu'est-ce qui pourrait changer dans la sensation de votre bras » ouvre un espace, sans imposer de résultat.
La métaphore prolonge ce même principe. Plutôt que de nommer directement une émotion, l'esprit travaille à partir d'une image, un chemin, une porte, une saison qui change, et trouve lui-même le lien avec sa situation. Erickson décrivait ainsi le rôle de l'induction hypnotique.
« L'induction est le maintien d'une transe qui permet de disposer d'un état psychologique spécial. » Milton Erickson, cité par CFHTB, 2019.
Dans cet état, le patient peut réassocier ses complexités psychologiques internes et utiliser ses propres aptitudes, en accord avec son expérience personnelle.
C'est ce qu'on appelle le principe d'utilisation. Au lieu de combattre ce qui est présent, une tension, un souvenir, un rythme de respiration irrégulier, l'auto-hypnose ericksonienne s'en sert comme matière première de la suggestion. Un exercice classique, lui, ignore généralement cette matière et impose une consigne extérieure identique pour tout le monde.
Notre article sur les grands courants de l'hypnothérapie en France détaille comment le courant humaniste s'est construit à partir de cette même base ericksonienne, avec une posture encore différente.
Cette méthode ne vise pas seulement le stress ou le sommeil difficile, même si ce sont des motifs fréquents. Elle s'applique à tout changement que vous cherchez à amorcer, avec confiance dans ce que votre esprit sait déjà faire. Les praticiens parlent parfois de subconscient, un terme qu'Erickson préférait remplacer par inconscient. En quoi consiste concrètement cette pratique ? Elle consiste à choisir des techniques et des phrases qui respectent votre expérience, plutôt qu'un script identique pour tout le monde. La pratique régulière permet de renforcer peu à peu la confiance dans ce processus de bien-être.
Un script annoté d'auto-induction ericksonienne, étape par étape
Voici un script simple, annoté pour que vous voyiez où se trouve chaque choix ericksonien. Comptez quinze à vingt minutes, assis ou allongé, dans un endroit calme où vous ne serez pas interrompu.
Premier temps, l'installation. Fermez les yeux si c'est confortable pour vous, ou fixez un point devant vous. Choix ericksonien : la formulation reste ouverte, elle ne vous impose pas de fermer les yeux comme le ferait une consigne classique.
Deuxième temps, la focalisation sensorielle. Portez votre attention sur trois sensations présentes dans votre corps en ce moment, par exemple des tensions musculaires, sans chercher à les changer. Choix ericksonien : vous décrivez ce qui est déjà là, vous ne commandez pas une détente qui n'existe pas encore.
Troisième temps, la métaphore personnelle. Repensez à un lieu, réel ou imaginaire, où vous vous êtes senti en sécurité. Laissez une image de ce lieu se former, sans la forcer, et observez ce qui s'y passe. Choix ericksonien : l'image vient de votre propre mémoire, pas d'un décor imposé par le script.
Quatrième temps, la suggestion ouverte. Formulez mentalement une phrase du type « une partie de moi sait peut-être déjà ce qui doit changer ». Choix ericksonien : le verbe « savoir » reste au conditionnel, la phrase propose plutôt qu'elle n'ordonne.
Cinquième temps, le retour. Comptez lentement de un à cinq, en vous annonçant qu'à cinq vous rouvrirez les yeux, reposé. Notez en une phrase ce que vous avez observé, pas ce que vous attendiez.
Pour comparer, un exercice d'auto-hypnose classique remplacerait le troisième et le quatrième temps par une suggestion directe unique, répétée, par exemple « je suis calme, je suis détendu ». Notre article sur cinq exercices pour débuter l'auto-hypnose détaille cette progression plus classique, du plus simple au plus complet.
Bon à savoir : Un enregistrement audio de votre propre voix, lu lentement une première fois, peut ensuite servir de guide pour répéter le script sans avoir à le relire à chaque séance.
Ce que montre la recherche sur la suggestion indirecte
Ce que dit la recherche : la supériorité de la suggestion indirecte sur la suggestion directe n'est pas démontrée. Une revue de référence sur le sujet, portant sur les études cliniques et expérimentales disponibles, conclut sans détour.
« The best controlled studies have not indicated that indirect suggestions are superior to direct suggestions. » Autrement dit, les études les mieux contrôlées n'ont pas montré que les suggestions indirectes sont supérieures aux suggestions directes Lynn, Neufeld et Maré, 1993.
Les auteurs notent aussi que le style de suggestion a peu d'effet sur la réponse objective aux tests d'hypnotisabilité Lynn, Neufeld et Maré, 1993. Les résultats sur la douleur et le vécu subjectif, eux, restent contradictoires selon les études disponibles. Le point d'honnêteté : choisir l'approche ericksonienne plutôt que classique est affaire de confort et de style, pas la garantie d'une méthode plus efficace, validée par la science.
Ce que montre en revanche le rapport de l'Inserm, de façon plus générale, c'est qu'il existe suffisamment d'éléments pour affirmer que l'hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel Inserm, 2015. Cet intérêt est plus net en anesthésie et dans la colopathie fonctionnelle. Les données restent plus décevantes sur d'autres indications, comme le sevrage tabagique. Cette prudence s'applique à l'hypnose en général, pas spécifiquement au choix entre suggestion directe ou indirecte.
Pourquoi s'auto-former ne suffit jamais pour pratiquer sur autrui
Tout ce qui précède concerne une pratique sur vous-même. Dès que vous envisagez d'accompagner quelqu'un d'autre, même un proche, la question change de nature.
La CFHTB, qui regroupe les principaux instituts de formation francophones, pose un constat sévère sur l'état actuel de la pratique en France.
« La CFHTB fait le triste constat que nombre d'hypnothérapeutes ou praticiens autoproclamés n'ont aujourd'hui qu'une formation non contrôlée, sans légitimité, ni compétences diagnostiques préalable au plan médical. » CFHTB, 2019
Ce même rapport ajoute que ces praticiens autoproclamés proposent au grand public non informé des prises en charge susceptibles de le mettre en danger.
Le titre d'hypnothérapeute n'est pas protégé en France, et il n'existe pas actuellement de profession d'hypnothérapeute réglementée CFHTB, 2019. Un script lu dans un article, même annoté comme celui ci-dessus, apprend une technique. Il n'apprend ni à repérer une contre-indication chez une autre personne, ni à gérer une réaction inattendue en cours de séance, ni le cadre déontologique qui protège les deux parties.
Des parcours existent pour qui veut franchir cette étape sérieusement. Le Certificat de formation à l'Hypnose clinique et thérapeutique, porté par la CFHTB, en est un exemple, tout comme le diplôme universitaire d'hypnose médicale pour les professionnels de santé. Notre article sur le diplôme universitaire d'hypnose médicale explique comment vérifier concrètement cette formation avant de consulter un praticien. Notre article sur ce qu'est vraiment l'hypnothérapie précise, lui, qui a le droit de pratiquer quoi en France.
En cabinet, ce que j'observe : les personnes qui progressent le mieux sont rarement celles qui veulent devenir praticien du jour au lendemain après un seul article. Ce sont celles qui l'utilisent pour elles-mêmes, régulièrement, et qui orientent leur entourage vers une vraie formation si l'envie d'accompagner les autres devient sérieuse.
Si vous voulez essayer l'auto-hypnose ericksonienne dès ce soir, reprenez le script annoté plus haut. Notez ensuite, en une phrase, ce que cette auto-hypnose ericksonienne vous a appris sur la différence entre suggestion ouverte et consigne directe.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre auto-hypnose classique et auto-hypnose ericksonienne ?
L'auto-hypnose classique repose sur des suggestions fermées, des consignes directes que vous vous donnez pour atteindre un objectif précis. L'auto-hypnose ericksonienne procède autrement, avec des suggestions ouvertes, des métaphores, et surtout l'utilisation de votre propre expérience comme matière de travail. L'Inserm distingue ces deux courants dans son rapport de référence sur l'hypnose. Le second laisse davantage de liberté à votre esprit pour construire sa propre réponse.
Qu'est-ce qu'une suggestion indirecte en auto-hypnose ?
Une suggestion indirecte ne dit jamais frontalement ce qui doit se produire. Elle propose, par une métaphore ou une question ouverte, un chemin que votre esprit peut suivre ou non. L'Inserm la définit comme une invitation permissive, à l'opposé d'une consigne fermée. Milton Erickson l'utilisait pour mobiliser les ressources propres de la personne, plutôt que pour lui imposer un résultat attendu à l'avance.
L'auto-hypnose ericksonienne est-elle plus efficace qu'un exercice classique ?
Ce n'est pas démontré. Une revue de référence sur la suggestion directe et indirecte conclut que les études les mieux contrôlées n'ont pas montré de supériorité de l'une sur l'autre, y compris sur la douleur. La différence se joue surtout sur le ressenti et la liberté laissée à l'esprit, pas sur un résultat mesurable supérieur. Les deux approches restent complémentaires, jamais hiérarchisées par la recherche actuelle.
Peut-on apprendre seul l'hypnose ericksonienne sans suivre de formation ?
Pour pratiquer sur soi-même, oui, avec un cadre de sécurité simple détaillé plus loin. Pour pratiquer sur une autre personne, non. La CFHTB rappelle qu'aucune profession d'hypnothérapeute n'est réglementée en France, ce qui laisse la porte ouverte à des praticiens autoproclamés sans formation contrôlée. Une formation certifiante reste indispensable avant d'accompagner qui que ce soit d'autre.
Quand faut-il arrêter l'auto-hypnose et consulter un médecin ?
Face à des troubles psychotiques, des bouffées délirantes ou une paranoïa installée, l'hypnose est jugée particulièrement peu adaptée par le rapport de référence de l'Inserm. Une anxiété qui s'aggrave, des symptômes qui persistent après plusieurs semaines de pratique régulière, ou un doute sur votre état psychique doivent aussi vous orienter vers un médecin avant de poursuivre seul.
Sources
- Inserm, rapport 2015, Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose
- CFHTB, Livre blanc de l'hypnose clinique et thérapeutique, 2019
- Lynn S.J., Neufeld V. et Maré C., International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 1993, Direct versus indirect suggestions: a conceptual and methodological review
